jeudi 30 mai 2019

Les écailles du Nâga-râja


En bon fils de la nuit, j’ai pris pour habitude de me faufiler dans les collines quand les rayons de lune en éblouissent les cimes. 

Hier soir très tard, en rentrant d’une mission d’intérêt général d’une quinzaine de jours sur la Riviera, je trouvai un billet de ma voisine dans la boîte à lettres me priant de passer la voir sitôt rentré à bon port. Elle avait un colis pour moi. Les douze coups venaient de sonner au clocher. Sa lumière était encore allumée. Je m'empressai d'aller sonner à son portail.

Elle m’accueillit sur sa terrasse très troublée par ce qu’elle avait à me montrer. Elle me tendit aussitôt un paquet cylindrique enrobé d'un papier chiffon anonyme et qui avait beaucoup voyagé. Ce n’était pas le facteur qui le lui avait remis à mon attention mais un Indien enturbanné et à la barbe soignée, probablement un Sikh à en croire la description vestimentaire qu’elle m’en fit avec moult détails. Il se tenait assis depuis plusieurs jours sans bouger, ni boire ni manger, sur les marches de mon perron. Elle l'avait observé à toute heure depuis sa fenêtre avant de se décider à venir à sa rencontre avec une cruche d'eau claire pour le désaltérer. L’Indien du Nord avait été très avenant et lui avait parlé dans un mauvais anglais qu’elle avait pourtant fini par comprendre. Il lui avait assuré que l'étui, qu'il s'apprêtait à lui remettre en mon absence, ne contenait rien de moins que la queue d’un vieux dragon. Son maître, qui l’envoyait jusqu’à moi, était persuadé que je saurais en faire très bon usage, mais le messager Sikh ne pouvait attendre plus longtemps mon retour car il devait s'acquitter d'une autre livraison de l'autre côté de la Méditerranée. Après quelques tergiversations, elle accepta finalement de récupérer cet étrange missive pour mon compte, assez furieuse tout de même d’être mêlée de trop près à mes aventures dragonesques dont elle flairait le soufre sous la surface. 

Le messager Sikh avait-il prononcé le nom de son maître ? Oui ! Elle le lui avait demandé et me le répéta à voix basse à l'oreille. Oui ! Phonétiquement, le nom de l’expéditeur me disait vaguement quelque-chose. Je pris le rouleau des mains de ma voisine en la rassurant d’un clin d’œil sur la régularité de cette transaction qui lui paraissait bien suspecte. Moi, plus rien ne m’étonne depuis que je suis parti en chasse du dragon qui sommeille. D'ailleurs, je reste en permanence à l'affût des rencontres insolites, des signaux anormaux et des coïncidences troublantes. J'enquête, je collecte, et mon équipe dévouée à la cause m’aide à trier les bonnes pièces du puzzle qui s’emboitent les unes après les autres dans cette fresque titanesque qui se dévoile en effaçant sur son passage les frontières du temps, de l’espace et de la matière. « Hic est Draco » Voilà le dragon ! 

Je rentrai donc chez moi sans tarder pour ouvrir ce présent inattendu, mais à la première entaille de mon coutelas à cran d'arrêt dans l'adhésif, l'électricité sauta d'un coup. Noir. Je dus continuer mon déballage à la lumière de la lampe tempête de la terrasse car le disjoncteur général de ma tanière s'obstinait à ne pas vouloir se réarmer malgré mon insistance. Le tube de papier-chiffon de l'Indien contenait en effet une peau bistrée, tannée, bardée d’écailles et d’environ trois mètres quarante de long sur vingt centimètres de large. Elle avait été roulée très serrée dans son écrin et était très luisante. Elle semblait même se mouvoir imperceptiblement sur mon écritoire dans la lueur vacillante de mon fanal de pétrole. C’était assurément la queue ensorcelée d’un Nâga-râja. Aucune lettre rédigée par mon donateur n’accompagnait cette dépouille extraordinaire mais la texture du papier qui l’enveloppait me rappela un toucher familier que mes doigts ne pouvaient oublier. Je cherchai fébrilement, dans la pénombre de ma cave, le carton d'archives de mon seul voyage en Inde et tombai assez rapidement sur la carte de visite d’un fabricant de papiers artisanaux que j’avais visité dans la banlieue de Jaipur et avec qui j’avais sympathisé dès notre première palabre. « Raj is a nation ! » (Le Rajasthan, à lui seul, est une nation !) m’avait-il lancé fièrement pendant que son domestique nous servait un chaï brûlant. Puisque je venais d’Europe et qu’il me croyait français, il me demanda de lui faire expédier sur le champ un exemplaire fiable de la déclaration des droits de l’homme de 1789 dont il ne détenait qu'une traduction approximative en anglais. Il souhaitait s’inspirer de ce texte fondateur pour rédiger la constitution d’un nouvel état indépendant, le sien. Comme je restais muet, il ajouta : « What is your secret wish for my country ? » Je me rappelle encore aujourd’hui très distinctement ce que je lui répondis alors : « Be yourself ! Find your own and stay away from the western world ! ». Durant mon séjour au Tiger Fort de Jaipur, nous nous revîmes régulièrement pour échanger sur nos cultures respectives à chaque fois que je descendais de ma citadelle dans la vallée. Je lui fis découvrir Antoine de Saint Exupéry : « Si tu diffères de moi mon frère loin de me léser tu m'enrichis.» et il m'ouvrit les portes de la pensée de Pandit Nehru : « Il n'y a pas de fin aux aventures que nous pouvons avoir, si seulement nous les cherchons avec les yeux ouverts.» Le jour de mon départ pour le désert du Thar où je devais rejoindre mon ami Philippe de Balagne pour un repérage à la frontière du Pakistan, le maître papetier me confia un carnet de ses plus beaux échantillons pour inspirer mes futures parutions dont il espérait peut-être un jour être le fournisseur. Je pense que ce temps est venu.

J'ai la certitude de n'avoir jamais parlé du dragon de l'Alycastre au maître de Jaipur car, à cette époque, je n'en connaissais même pas l’existence. J’étais engagé dans d’autres travaux mythologiques. Peut-être lui avais-je simplement parlé avec enthousiasme de l’Hydre de Lerne qu'il avait dû rapprocher par analogie au Nâga-râja qu'il redoutait tant. Il avait visiblement fini par le vaincre et m’en avait fait livrer le trophée jusqu'à mon nid d'aigle pour me montrer à quel point il devait être soulagé de ce qui l'oppressait. Comment avait-il eu mon adresse? Mystère ! Mais une chose est sûre : quand l’élève est prêt, le maître apparaît. Il m'est apparu et je vais confier les écailles de son nâga au relieur d’art d’AZOTH Studio pour qu’il blasonne aux armes du dragon qui sommeille les couvertures de l’édition de tête des « Contes de l’Alycastre » qui sortira bientôt.

 



Don Datto di Mélito

Ce samedi 25 mai 2019, à la Brégandaïo,
sous les remparts du château des Hospitaliers de Gréus-Li-Ban 
Dépôt légal S.N.A.C. : n° 15-1052 & n°17-1504.
Mai 2019 - Tous droits réservés

lundi 25 février 2019

Les nouveaux Rendez-vous de l'Alycastre




La proposition intégrale des nouveaux "Rendez-vous de l'Alycastre" 2019 vient d'être éditée à destination des collectivités territoriales, de nos futurs partenaires et mécènes. Merci de nous envoyer un courriel à l'adresse suivante pour en recevoir une copie électronique : communication.azothstudio[at]gmail.com

vendredi 4 janvier 2019

Contributeurs aux annotations de l'édition


A ce jour et par ordre alphabétique :

Ali Bitchin dit Piccinino
Anetino d'Omertà
Antonietta degli Alberti
Arvei dau Piémont-Calabria
Dieudonné Gozon du Mélac
Domenico degli Alberti
Don Datto di Mélito
Eric le Maltais
Félip Dragui d'Arlantic
Jean-Dumè Corso da Prugna
(La) Latiniste de Vitruve
Mélanie Jason de la Clerrancie
Miguel de Saavedra 
(Le) Parléjaïre de Dauphin
Pascal d’Athènes Massalia
Paul de Sisteroun
Riccardo di Massa
Roland Raspail du Vert-Coteau



mercredi 12 décembre 2018

La maquette du frontispice de l'édition d'Art dévoilée

 

D’Azur au phoénix dactylofera d’Or denté de sable en cœur. Croissant d’Or tourné au quartier senestre du chef et soleil d’Or au quartier dextre. Champagne de gueule à l’étoile d’Or à cinq branches en pointe. Dragon de bronze d’Athanasius Kircher’s en cimier posé sur une couronne d’Or réhaussée de perles de nacre, de jades et de grenats. Devise « Hic est Draco » : Voilà le dragon !

mardi 30 octobre 2018

Le nouveau blog des Contes de l'Alycastre

Le site web de La Marelle est en cours de restructuration et nous n'avons plus accès au blog en tant qu'administrateur de nos propres publications. L'évolution de cette plateforme complique, de part et d'autre, les routines de modération. Aussi, d'un commun accord, nous avons décidé de modifier le protocole internet qui unit nos deux maisons dans ce projet.


 







A compter du 1er Novembre 2018, tous les nouveaux articles relatifs aux "Contes de l'Alycastre" seront désormais publiés ici et proposés au webmestre du site de la Marelle pour republication.

Tous les articles antérieurs à cette date (depuis 2016) sont bien entendu toujours visualisables sur le blog de La Marelle à cette adresse : https://www.la-marelle.org/author/dominiquedattola/ . Ils seront petit à petit réintégrés, en miroir, dans notre propre fil d'actualité.

Bonne chasse au dragon qui sommeille.



samedi 27 octobre 2018

Le temps, l’espace et la matière


Le 26 Septembre 2018, le dernier membre du comité éditorial des Contes de l’Alycastre m’a rendu sa copie, ses annotations et ses commentaires à l’occasion, pour certains, de plusieurs séances de travail sur table : conseiller littéraire, conseiller historique, scriptdoctor, spécialiste occitan, correcteur. Les notes de la version de Samana sont en cours d’intégration. En route donc pour la Version 9.8. Une impression intermédiaire. L’ajout d’une chronologie, d’un index des noms propres et des cartes maritimes. La version 10 ne sera plus très longue à être expédiée aux éditeurs. Versant transmedia : la version intégrale de la lecture-spectacle est sur le point d’être jouée en 2019. L’adaptation audiovisuelle sous la forme d’une série a débuté. L’exposition est reportée pour l’instant en 2021.